Excerpt for Eva le petit rat by Lenia Major, available in its entirety at Smashwords


Eva le petit rat

et

Léandre le scolopendre

Lenia Major

À mon petit rat,

À mon scolopendre…

Table des matières

C'est moi Eva !

L'annonce

A l'école

Les grandes questions

L'échographie

Choisir un prénom, dur dur !

Préparons-nous !

Léandre arrive

Mon scolopendre

Du même auteur

À propos de l’auteur

C'EST MOI EVA !

Je m’appelle Eva le petit rat, j’ai 777 ans et je viens de Bételgeuse, dont je suis la grande reine. D’ailleurs j’y retourne assez souvent, plusieurs fois par jour, je dois bien vous l’avouer. C’est sympa Bételgeuse, vous ne connaissez pas ? Ah bon ? Alors je vais vous décrire un peu le coin, pour que vous ne soyez pas surpris, si un jour vous venez m’y rejoindre. C’est une étoile grande comme 800 fois votre soleil, très brillante, il y fait super chaud (3500°C, sortez les parasols et les esquimaux !), mais le mieux, c’est que là, on a de l’espace, pas question d’y croiser quelqu’un qui vienne vous embêter : pas de «va te brosser les dents, mange ta soupe, laisse ton nez, t’as eu combien à la dictée, prenez votre référentiel de mathématique, hou la bigleuse…!».

Vous voyez, vous y êtes déjà allés, non ?

Bon, d’accord, je ne suis pas vraiment une extra-terrestre, je n’ai pas une grosse tête verte avec des yeux rouges, un petit corps fluet et 6 doigts à chaque main. Je n’ai pas débarqué dans une super soucoupe méga sophistiquée avec plein de boutons et de zibouibouis qui lancent des éclairs, accompagnée de plein de potes qui me ressemblent pour envahir votre misérable planète terre.

Non, je suis née à Vire, la capitale de l’andouille, oui messieurs-dames, merci de ne pas se moquer. Mais faut pas le répéter. Ça fait quand même plus classe, dans la cour de récré, de dire que je suis une habitante d’une autre galaxie qui s’est écrasée avec son vaisseau intersidéral. Je leur explique que je n’ai plus assez de gnoufri (le carburant des stations services de Bételgeuse comme chacun sait) pour repartir chez moi !

Je ne suis pas sûre qu’ils me croient tous, mais qu’est-ce que c’est fendard de les voir rouler des yeux comme des billes Ninja quand je leur raconte !!!

Je n’ai que 7 ans et demi, allez on va dire presque 8, et toutes mes dents, sauf celles de sagesse, et celles-là, c’est pas sûr qu’elles poussent un jour, a dit Papi (m’enfin, faut pas croire tout ce que dit Papi, non plus). Je vais à l’école en CE2, dans la classe de Madame Duhéron. Si, c’est vrai ! D’ailleurs, si je vous disais que dans l’école, il y a deux autres maîtresses qui s’appellent Madame Pigeon et Madame Lelièvre, vous croiriez que j’invente avec le livre des fables de La Fontaine sur les genoux. Mais je vous le jure, c’est pas des carambouilles ! La cerise sur le gâteau, c’est le directeur : Monsieur… Lion !

Je suis plutôt grande, je dépasse même la plupart des garçons de ma classe, comme ça, ils n’osent pas me tirer les couettes. De toute façon, je n’ai pas de couettes ! N’empêche, que s’ils en avaient envie, je la leur passerais moi, l’envie, rien qu’en leur faisant mes yeux de méchant monstre !

Papa dit que je suis «espabilada», c’est à dire rusée en espagnol. Papa, il est d’origine espagnole, donc je suis à moitié bételgeusienne, à moitié espagnole, et …complètement rusée !

J’ai un petit frère : mon choupinet. Choupinet, ce n’est pas son vrai prénom bien sûr, c’est juste son «petit nom ». Non, mon frère répond au doux nom de Léandre, et aussi à tout ce qui se termine par le son «andre». Alors, pour lui parler, je m’amuse à l’appeler Bébandre (bébé Léandre en plus court), Choupandre (Choupinet Léandre avec le même système !), Tchiquinandre (ça ne veut rien dire, mais je trouve ça rigolo), Pied Tendre, Petit Scolopendre…. Il sait que c’est à lui que je m’adresse, et en plus, ça le fait rire. Ah, ces bébés, faut pas leur acheter de jouets, une grande sœur c’est le plus beau des jeux. Et puis, comme ça, il reste des sous (enfin des euros) pour m’en acheter des jouets, à moi qui n’ai pas de grande sœur. Vous me direz que j’ai un petit frère… C’est pas pareil, et ne commencez pas à vouloir me contredire et m’énerver, sinon, je ne vous raconte pas son histoire, à mon petit frère !

Je ne vous l’avais pas dit ? Ce que je vais vous narrer (ce mot là, je l’ai trouvé dans le dictionnaire des synonymes, je ne voulais pas écrire raconter 2 fois !), c’est donc l’arrivée de mon petit frère sur la planète terre, et comment je me suis transformée en une super grande sœur pendant les quelques mois qu’il a passés dans le ventre de maman.

C’est il y a presque deux ans maintenant que commence mon histoire, lorsque j’étais en CP, mais je me souviens de tout, parce que j’ai une mémoire d’éléphant, même si j’ai des yeux de taupe ! Ça n’a rien à voir ? Non, mais ça donne un drôle d’animal.

On va commencer par le commencement, sinon, je vous connais, vous n’allez pas suivre : le jour où j’ai appris que la famille allait bientôt s’agrandir. Pour une surprise, ce fut une surprise…

L’ANNONCE

Tous les jeudis, ma Mamie vient me chercher à l’école et mange avec Maman et moi. C’est chouette, elle amène à manger et elle ne cuisine que ce que j’aime : du poulet rôti avec des frites, du magret de canard qui nage dans la sauce, des tartes au citron… Ah, ça, c’est pas elle qui oserait nous présenter un plat de courgettes au chèvre ou une quiche aux épinards ! Beurk !

Nous sommes donc jeudi, à table avec Mamie, quand Maman invite Papi et Mamie à venir dimanche, manger une raclette. Rebeurk ! Mais bon, il y aura Papi, il inventera encore des tas de bêtises, et peut-être qu’il m’apprendra des gros mots en douce (celui qu’il préfère, c’est nom de diou de bon diou !), ça compensera…

Dimanche midi, Maman fait une drôle de tête, comme si la raclette ne passait pas et je remarque que Papa lui jette des coups d’œil d’un air interrogateur. J’ai même surpris qu’il lui donnait un coup de pied sous la table. Qu’est-ce qu’ils trament, ces deux là ? Ils vont m’offrir un nouveau vélo, un hamster ? Vaudrait mieux pas, le chat n’en ferait qu’une bouchée ! On va déménager ? Papa a gagné au loto ? Attendons…

Au dessert, Papa prend la parole d’un air solennel :

- On a une grande nouvelle à vous annoncer : Eva, tu vas avoir un petit frère ou une petite sœur !

- Pour quoi faire ?

Stupéfaction générale, ils ne s’attendaient pas à une question comme celle là !

- Mais c’est vrai ??? C’est super !

Ouf, ils ont l’air soulagé. Je me lève et je fais un gros bisou à tout le monde tellement je suis contente. Je ne sais pas trop à quoi ça sert d’avoir un frère ou une sœur, mais d’après les copains, c’est bien, alors, youpi ! Au moins, je ne serai plus seule pour jouer, plus seule pour faire enrager Maman le mercredi, plus seule pour faire les bêtises, et plus seule pour me faire disputer après ! Je pourrai partager la crème brûlée, la sauce du rôti, et surtout les haricots verts qui vont avec !

- Mais, il dormira où le bébé ? Dans ma chambre ?

- Non, il dormira dans notre chambre quand il sera petit, et ensuite, il aura la chambre à côté de la tienne.

Bien, je garde donc ma chambre, mon lit de princesse à baldaquins, et mes tonnes de peluches. Je ne partage pas mon territoire ! Et puis, Mamie n’arrête pas de le répéter, j’ai ab-so-lu-ment besoin de onze heures de sommeil par nuit, alors pitié pas de bébé pour pleurer dans mes oreilles ! Surtout quand je fais un de mes rêves préférés avec Tarzan ou Astérix!

Attendez, pour la chambre, c’est bon, mais le bureau, il n’y en a qu’un dans la maison.

- Il va falloir que je le laisse regarder Mes cassettes, tripoter Mes feutres, lire Mes livres ???

- C’est possible… répond Maman, mais quand il aura l’âge de faire tout ça, tu auras beaucoup grandi, et tu n’auras peut-être plus envie de jouer à ces jeux-là. Alors tu pourras lui prêter, même lui apprendre à s’en servir. Lui aussi, te prêtera ses jouets, ça vous en fera deux fois plus pour vous amuser.

S’il y a échange, je veux bien. « Bon troc », comme disent les indiens !

Papa ajoute :

- Maman va être fatiguée par le bébé, il faudra que tu l’aides, puisque tu es une grande.

Comme si je ne faisais pas tout déjà dans cette maison, Maman le dit tout le temps : «Qu’est-ce que je ferais sans toi ? ». Qui couche ses doudous le soir, au pied de son lit ? Qui met son couvert au lave-vaisselle ? Qui court après le chat sur la pelouse ? Qui allume l’ordinateur pour jouer aux jeux vidéo ? C’est pas un petit bébé qui va me donner plus de travail ! Je changerai sa couche (sauf s’il a fait caca, n’exagérons pas tout de même !), je lui donnerai le bain, je pousserai le landau, je lui ferai des guili-guili sous le menton et même les pieds, je lui lirai mes histoires préférées…

S’il pleure, je le redonnerai à Maman, après tout, c’est le sien !

Finalement, tout le monde est content : moi, parce que je ne m’ennuierai plus toute seule, Papi et Mamie parce qu’ils aiment les bébés, et Papa et Maman… parce que tout le monde est content !


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