Guy Boulianne
Avant-propos
d’un
prince fou
Edition originale
1983
Avant-propos d'un prince fou
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Guy Boulianne
Avant-propos
d’un
prince fou

LA NUIT RALLUMÉE
Un lit, doux et profond, patiente ton corps
Si jeune et si frais d’éternelle rosée,
Le givre au dehors se couvre d’étoiles
Et la nuit s’éteint pour faire place à ta vie.
Sonnent les cloches ! Vibrent les trompettes !
Ma lyre est un chant où se fond mon amour ;
Mes larmes s’évaporent sur des joues parsemées
Par un seul éclat d’un soleil réchauffé.
Encor’ n’es-tu point là que déjà je te berce,
Mon sein attend que ta bouche s’y pose ;
Le miel de tes lèvres, la douceur de tes mains
Pour moi sont le baume et l’espoir de demain.
Les oiseaux dans le ciel tissent ton berceau,
Fait de paille et de plumes, un lit doux et profond
Où ton corps jeune et beau, dans la nuit rallumée,
Dormira sur le chant de ma lyre en amour.
À ma fille Jacqueline
Quelques jours avant sa naissance
(2 janvier 1986)
LE SILENCE EST PAIX
LA PAIX FAIT LE SILENCE
AVEC L’AIDE PRÉCIEUSE
D’UN RENARD ROUX...
Chapitre premier
Lettre à ma reine
TENDRE MÉLODIE
Les rideaux se sont baissés,
La valse se termine
Sur des notes aiguës,
La peine de mon coeur crie en myriades
Les souffrances de l’amour
Ma seule femme,
Épouse de sang et de chair,
Unique source de vie
Toi qui es si loin,
Tu m’as quitté pour le royaume,
Tu m’as laissé seul pleurant ton souvenir.
J’avais tant à te dire,
Ma bouche était cousue de fil
Et mes yeux étaient fermés,
Le regret de ne pouvoir chanter tes chansons
Et les miennes
Si tu savais comme je t’aime
Je crois mourir de toi
Mon âme se meurt de toi
Mais de corps je ne périrai
Car je te dois mille et mille choses
QUE LES RIDEAUX SE FERMENT
Pour moi, ta valse continue
Et sans cesse je fredonnerai ta mélodie
SANS CONTREDIT
Les montagnes sont hautes et grandioses
L’eau est claire et limpide
La terre est douce et chaude
Le ciel est large et éclatant
Les nuages sont blancs et resplendissants
Les oiseaux sont légers et majestueux
Mais ma mère,
Bien sûr,
Est la meilleure de toutes
TU N’Y ÉTAIS PAS
I
Je cherche toute la nuit
Et ne vois que des ombrages
Je t’ai cherchée dans le salon
Où, impuissante
Tu souffrais ton martyre
Je t’ai cherchée
Dans la chambre
Où tu rêvais (…) te reposer
J’avançai quelques pas
Espérant te voir chanter
Les airs qui t’égayaient…
Tu n’y étais pas
II
Je te cherche encore,
Dans les bois
Où tu fus reine...
Sans doute es-tu partie
Pour un lointain pays.
Tu auras oublié, dans ta hâte,
De laisser note de ton
Départ
Dans ce cas j’ai confiance,
Tu reviendras
Mais si un malheur
t’arrivait
Comment te rejoindrais-je?
Je serais blême
Comme l’écume des mers
À te savoir perdue en quelque lieu
Je frissonnerais
Comme la feuille tremblante
Si ton cœur était blessé
L’inquiétude me gagne tout à coup
À te savoir loin,
Sans nouvelles
Je te cherche, je te cherche
Et ne te trouve point…
J’ai peur
III
O que de bavardages,
Je sais bien qu’au fond
Tu es partie pour de bon
Me laissant chétif
À de vaines espérances
Je sais bien que ton pays
Est la nuit
Et qu’à jamais tu y demeureras
Je t’ai fait tellement de peine
Avec mes humeurs terribles
Ah! et en un sens,
Peut-être as-tu bien fait!
IV
REINE REINE REINE
Je souffre à te savoir loin,
J’aurais beau t’écrire mille lettres
Ce serait mille illusions
Dis-le moi que tu es morte…
Je ne le crois pas
SANS TITRE
Quand les feuilles poussent en mois de quête
Une fleur unique, parfum de rose, quitte la terre
Année de je ne sais quoi
Roue mouvante - immobile tue le temps
Année de révolte - de paix - d’éclipse
Nuit sans fin de recherches intelligibles
Tôt ne fut que je pus prononcer les paroles
Encore retenues et toujours regrettées
Souvenir - maman - souvenir
Et demain courir dans les prés
Pétrir le destin en une séquelle
Trouver la route de ma peine
Avenir, dicte-moi les lettres - les mots
Nourrir le pays de sang et de chair
Souvenir - maman je t’aime
MA MER’
MA MER’, espoir de mes nuits
Splendeur de mes jours,
Celle qui a fait naître en moi
Les secrets de l’amour
Celle qui a protégé mon frêle bateau de papier
Si vulnérable dans la tempête
MA MER’, celle qui m’a donné vie
En ces lieux où joyaux et rubis,
Où émeraudes et saphirs se côtoient
Mais qui en fait ne sont que l’infime partie
De ses nombreuses richesses
MA MER’,
Continue de vivre
Pour que longtemps je puisse naviguer
Sur la valse de tes vagues
MA MER’,
Continue de vivre
Pour que longtemps je puisse admirer ta beauté,
Tes richesses dont jamais je ne me lasserai,
Que toujours je regretterai
Chapitre deuxième
Mon sélam de fleurs
CIRQUE ANTIQUE
Chapiteau qui recouvre
La terre mouillée
Chapiteau qui recouvre,
Bientôt,
Sourires glacée.
Mais pour l’instant,
Comme des fourmis
Qui travaillent avec vigueur,
Les hommes du décor
Préparent cette fête
De demain
Chapiteau qui recouvre
La terre mouillée
Chapiteau qui recouvre,
Bientôt,
Le passé d’un futur
C’est le cirque qui,
En ville,
Arrive
Cirque antique,
Demain,
Sèmera la joie
Sèmera des cœurs
Sèmera des sourires.
Cirque antique,
Le passé d’un futur
Et le souvenir d’un passé
Cirque antique
Je te vis
Comme tu me vis,
Cirque antique
Mon amour.
ESPOIR
O printemps d’été
Viens que je te caresse,
Mille verres
Dans la pupille de tes yeux
Tendresse de mes divins
Espoirs
S’assouplit sous l’ombrelle
De mes sourires.
Oiseaux bleus
Et multicolores
Voltigent dans le ciel
Ouvert de ses grandes voiles
Peine et tristesse
Coulent et se laissent flotter
Sur la rivière
Froide et glacée
Et moi je grandis,
Car j’écris l’amour
Qui me passe
Par le bout des doigts
LA MUSIQUE DE MES SILENCES
Dans le vert
Et le bleu de mon pays,
De ma plume
Prennent naissance
Consonnes et syllabes,
Paroles d’ailleurs
Cire qui coule,
Cire qui pleure
Comme un enfant nouveau-né,
La bougie,
De sa flamme,
Éclaire mon parchemin
Mirages et visions
D’un passé et d’un futur,
Dans ma tête
Des images vont et viennent,
Des images du paradis
Des images de l’enfer
Dans la nuit chaude et confortable
De mes vingt ans,
Étendu sur un nuage de rêves,
J’écoute la musique de mes silences