LeBouc
Haikus
de Jarnac
et poèmes courts
Éditions Dédicaces
Haikus de Jarnac et poèmes courts
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LeBouc
Haikus
de Jarnac
et poèmes courts
Préface
Tout événement fait naître les mots, parfois les maux, chez cet auteur : un sourire, un regard, un paysage, un événement quelconque et voilà que les mots se bousculent, les mots coulent, parfois chauds, parfois douloureux, parfois cyniques, mais toujours pleins d'émotions et de vie... de sa vie et de la nôtre!
Gilberte Boucher (Guérin, Abitibi)
Correspondante épistolaire
et lectrice de longue date
L'hiver, les zélés m'en bouchent un coin
Ainsi, Monsieur Éole s'en permet, écornant les flics sans contravention
Certains sinistres sévissent, à l'assemblée nationale comme ailleurs
Tout cela m'atterre, ciel, que d'éléments discordants!
La magie s'exerce au quotidien, sans même qu'on s'en aperçoive
Par l’intermédiaire d’un vol plané aviaire
ou les artifices mousseux d’une cervoise
Quand s’opère le gracieux ballet des naïades sur la rive
Ou les effluves alléchants d’une baguette française, badigeonnée de Moutarde dijonnaise venant titiller les papilles gustatives
Fragrances
Essence de soie
Vaporeuse nature
Insaisissable
Notes de tête
Mélodie enracinée
Notes de cœur
Cocher vif de la poésie
Ta douleur t’appartient, ta douleur est tatouée, comme l’ancre qu’on enfonce en nos plaies abyssales, un océan de souffrance tous azimuts - en nos ultimes profondeurs – humer les parfums du rigor mortis – rigueurs qui, sans marche arrière, amortissent
Philatéliste des percussions célestes et pelleteur de nuages à temps non perdu, les tintements de l'angélus sont pour moi des timbres euphoniques que je collectionne à toute ouïe
À la fin des libations, si vous êtes trop endormis ou si vous vous sentez trop vaches, gare aux beus… si vous prenez le veau lent!
Le Renoir et le corps beau
Maître Renoir tenait en son bec un pinceau
Et devant un miroir, se tenait un corps beau
Il tenait à vrai dire en son bec un fort hommage
Et ne point l’honorer eût été dommage
Mais pour en exploiter toute la palette
Seul un pinceau de première qualité pouvait faire trempette
Dans l’huile forte, ce rat mage
Humecta les poils de soi pour reproduire cette belle image
On se concerte, puis consentants, on escalade sciemment le sentier jusqu’à la cime, on se consume, on se consomme, Ahhhhh ce qu'on s'aime!
Au voleur!
Denrée fuyante s’il en est une, le temps ne fait pas de quartier
Comment gérer une entité aussi abstraite et surtout la partager…
Sinon en devenant avare de cet or impalpable?
Celui qui vole votre temps pour tuer le sien est-il une victime
ou un coupable?
Sécheresse – comme un vieux raisin sec qui rêvait d’être un grand cru
C’est le regard hébété que je vois s’écouler le reste de mes jours
Sans possibilité de les réinventer ni d’y attenter
Je vois filtrer le jour à travers ma vie et je ne m’y abreuve point
L’instant qui vient de s’échapper
Restera à jamais figé
Dans le filtre de l’intemporalité
Si seulement on pouvait s’améliorer aussi vite que s’accumule la poussière
Personne ne parviendrait jamais à nous dépasser
Mais sans compétition, même un porte-poussière s’ennuie
Tu as bu au goulot de l’infini
Mais jamais tu n’as pu étancher
Toutes tes soifs d’inconnu
À prendre à la lettre
C’est fou tout ce qu’on peut faire faire à une langue
Pour peu qu’on change une consonne ou une voyelle
Imaginez maintenant lorsqu’il est question de voyous!
L’arme à l'oeil/l’effusion municipale
Une liqueur de prunelle de long œil? La rive s’use
À l’heure de la fusion, le bourg grogne
L’ex-cité est excisée de son pouvoir, son nerf de naguère supputé
Le nervi suprême a sévi, l’énervé a vaincu, il répète l’histoire et Laval
Garde-lobes
Tu es une coquine, ça s’entend
Depuis notre première rencontre
Je n’ai qu’une idée, fixe, obsessionnelle…
Te manger les oreilles!
Dancing queen
Pseudonyme utilisé pour un réseau de rencontres virtuel
Elle dansa sur la toile pendant de longs mois
Mais son ballet s’acheva sur une note cruelle
Alors qu’elle s’étouffa avec une attache de pain,
une fin du cygne qui laisse baba
Clou de vie rough
Devant la pluie d’injures déferlant sur lui
comme un amas de météorites
Il succomba en poussant le hurlement final
Martelé de toute parts
Il devint le clou humain qu’on cimente au mur de la mort
Ô rare, l’enfant martyre
Ô rare, l’enfant martyre, ô éphémère la précieuse denrée
Une fois l’effet mère passé
L’enfant au rire communicateur se retirera
Dans sa bulle de vieillard avant terme
Jusqu’au jour illusoirement lointain où il sera de nouveau pris en charge
Blues qui déteignent
Ô de Javelle, Parisienne aux attraits irrésistibles
Toi, la plus racée des cruches, courtisane au format pratique
Essore mon cerveau, fais-moi pénétrer dans ta ruche
Inocule-moi un poison nouveau
Chante-moi une douce berceuse pendant que je te secoues
dans ma laveuse
Violent thé
La violence, on la voit et on la boit, sans vraiment la voir et sans vraiment y goûter
À chacun sa tasse de violent thé
Partout, elle s’infuse, le sang bout et les coups fusent
Masochistes, à vos marques, prêts, perlez…
Écran d’arrêt
Les gros plans meurent au rythme des coupures du fossoyeur d'images
Comment censurer sans surir?
Sens interdits
Les visionnaires religieux prétendent que les athées sont aveugles
Car ils n’ont pas Dieu pour voir
On dit que les sceptiques n’entendent rien,
car ils n’ont pas d’ouïe, non?
L’usure, ça fatigue son homme
Une serrure timide – a shylock
Calme et seringue
Après une longue nuit sans étoiles
Rien comme une injection de vie
Pour explorer l’intérieur de sa toile
Mais qui donc tient cette aiguille qui redonne
aux araignées toute leur poésie?
Les corps se sont tus
Les esprits, ce sont vous
Depuis toujours, les pseudovivants attendent
la manifestation de vos vertus
Et si on vous presse, vous exprimerez-vous?
Un puits de savoir
Un puits de savoir
Où rôdent, imbriqués en ses parois,
Les cris demeurés en suspens
Des funambules du néant
Le retour du spring
Le doux temps a rebondi, est revenu
Et toi, doutant, tu t’interroges sur tes allées et venues
Le printemps est un happening
Ce ressort brisé en moi refait surface comme un spring
Rengaine de mai
Simplicité végétale
Journée de glandeur
Le printemps est un renouveau
Une pluie de sève universelle
Qui abreuve les cerveaux
En quête de sensations nouvelles
Le printemps tarde, tu parles d'un temps de marde!
Les visages sont mornes et longs
En l'absence du farceur jaune au visage rond
Il faut être à l'écoute de sa nature pour qu'il se révèle
Ô printemps
Dépucelle les neurones
Des naïfs à la cervelle fromagée
Pulsions d’avril
Pulsions d’avril
Élans virils
Transports de sève
Adam traque Ève
Mon larynx est un métronome
Je suis un oiseau parmi les hommes
Je ne pratique ni yoga, ni zen
Je me ressource dans le pollen de l’âme; la musique est mon kérosène
Goûter
Goûter l’autre de tout son désir
Goûter l’antre d’où jaillit la vie
Goûter le ventre qui nous fait envie
Goûter la fleur-délice qui sous la langue frivole
ne demande qu’à s’épanouir
Ronde de paix
La musique est la panacée universelle
Contrairement aux langues et aux religions qui divisent
Elle nous fait vibrer à l’unisson, et forte de ce langage unique, pourrait
Si on la laissait mener le monde, instaurer la paix à la ronde
Creusez vos fosses, sceptiques!
À l’aube du onzième froissement de calendrier
La tristesse des âmes longe les murs lézardés
Affligées par le scepticisme de leurs ayants droit
Refusant un héritage mystérieux, mais non moins de bon aloi
Ruade poétiquement correcte
À cheval entre la joie et la colère
Même si l’obstacle est ténu
Elle tient à bien peu de choses, cette barrière
Dilemme de cheval… prise du mors ou retenue?
Il faut souvent, en filée, ses gants blancs
Alors que la langue nous brûle, garder le silence des errements
Attendre son tour pour faire contrepoids aux salamalecs
Car le politique ment correct
Polis p’tits chiens
Dressés à l’école de la démagogie
Obéissant aux molosses du capital
Ils sortent à tous les quatre ans de leur niche
Font leurres les pires balivernes pour la pêche aux ouananiches
Le plus étonnant, c’est qu’ils s’en tirent toujours sans mal
Et quand ils se sont fait assez de fric sur notre dos, ils se font la malle
Si rose était mon foie
Je fus souvent gris à l’âge où j’étais vert,
ce qui m’a valu beaucoup de blancs
La dive bouteille m’a fait divaguer sur les vagues de noirs océans
Si pleines étaient mes bouteilles, si grandes étaient mes griseries
Si rose devint mon foie, toutes couleurs disparues, pavillons éteints
La Tropie (mis en trop, pis?)
Depuis qu’on m’a mis en Tropie,
je n’en suis sorti que lorsqu’il le fallait bien
Seul avec mes mots, mes manuscrits,
j’hésitais entre la Tropie et l’utopie
Jusqu'à ce que mes pas croisent ceux de mis en trop anciens
Délivrés par un courant synergique et,
dans un moment d’éternité, j’ai oublié la Tropie
Il renia sa foi
La flanqua dans une enveloppe
Et l’APOSTAT!
Mon petit doigt me l’avait dit
Car ils se poussent toujours après avoir promis
Les moins nantis attendaient l’indexation
Une fois de plus, ils ont eu droit à la vexation
Les élus leur ont présenté le majeur
Plutôt que de tendre la main
Ils annulèrent leurs promesses, les vilains
Et leur firent un doigt donneur
Sur les doigts de la Main
Hier, il était homme de main, rue St-Laurent
Homme de Main
Principale artère des saignées interlopes
Il a mis à l’index tous les caïds fonctionnant à la force du poignet
Qui lui ont causé des problèmes majeurs... Finger!
Parcourez, mes anges, ces vastes étendues qui nous font rêver
Déployez vos petites ailes
Goûtez votre liberté avec zèle
Et planez dans ce nirvana auquel notre condition
nous empêche d’accéder
À kildir
Il était mortifié, mais ne savait à qui confier sa tourmente
Levant les yeux au ciel, il se demanda à qui le dire
Sinon au pluvier
Cet allié naturel et libre à la plume si leste
Grimoire
Me livrant à des trépanations alphabétiques
Je torturai allégrement le possesseur de la magie universelle des mots
Lui arrachant de longues plaintes
Et du même coup, ces sons qui m’apportaient tant d’extase
Panne des sens
Ils s’étreignirent, lui sans voir, tâtant, elle sans voix, guidant
Au-delà de leurs restrictions, ils vont vu et exprimé
l’invisible et l’indicible
L’homme était sans yeux, la femme était sans voix
Mais pour eux, jamais la vie n’eut autant de sens
La peau… hé si!
Poétesse, pour bien givrer ton vers, effleure du mâle beau de l’air
Laisse ta main baladeuse glisser vers l’aine, caresser le rein beau
Comme la poule des gens de marais pétrit le coq tôt
Joue dans le pré vert, excite l’apollinaire, transcende Poe et matière
Échappatoire dans le jeu, éludicité?
Mon jeu préféré se joue sur un matelas ou dans le pré
Allez, viens te prélasser avec moi dans le pré, puce!
À l’affût constant
De sensations grisantes
En état de veille
Haïku d’hormones
Pause libido
La sangsue alitée crue
Me dévorera
Un haïku – un vrai (un haï coup!)
Mon présent m’emballe
Mon pas sait et se souvient
Vive l’avenir!
Parler sans écho
Communier dans l’absolu
Lèvres closes
Absolue osmose
Tes yeux me causent
Communication tendre
Génie du sans fil
Le Maghrébin sert
Avec générosité
Des tasses de bon thé
Si tu veux du fric,
Toi, croyant, lève les yeux
Dieu a compte en cieux
Petit bout d’homme
Isolé par les normes
Petit boudin blanc
Amène muse
Ton séant pacifique
Hymnes caverneux
Amnésie
J’ai oublié tout
Dans le miroir de tes yeux
C’est à réfléchir
Ane à thème
Tête de mule
Ton cerveau et mes pieds
En symbiose
Condamné amour
Le bourreau des cœurs ment
Jusqu’à la litanie
Haïku d’automne
Une mijoteuse
Ça vous concocte de ces
Solutions songées
Haïkusin anglais
Timeless resonances
Sirens from distant times
Calling every living soul
Echoing the eternal truth
Enshrined in our abyssal memories