Excerpt for De la corrida by Ernest Coeurderoy, available in its entirety at Smashwords

De la corrida


par


Ernest Coeurderoy



Smashwords édition




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Publié par :


L’Herne

Copyright 2010 Éditions de L’Herne

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Titre original : Français encore un effort si vous voulez être républicains

© Éditions de L’Herne, 2009

22, rue Mazarine 75006 Paris

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PRÉFACE




« Odeur, puanteur et horreur des tripes crevées...

Un peuple qui cherche de ses mains la vérité qui s’échappe des entrailles et du cœur du taureau. »

Picasso


Texte magistral, tant par sa beauté formelle – Ernest Cœurderoy est de la race des grands stylistes – que par son objet, la corrida. Que n’a-t-on dit d’elle, de sa dramaturgie qui mêle le sang et la lumière, de sa puissance symbolique, de sa dimension sacrificielle, de ses ressorts esthétiques et moraux (célébrés, il y a peu encore, par un professeur de philosophie de l’École normale supérieure1). Pour ceux qui la défendent, la corrida est un duel sublime, un défi exemplaire, une tragédie « archaïque ». Alexandre Dumas, aficionado de plume, célébrera le « cri des os » et le sang qui coule de « robinets lâchés ». Picasso, littéralement fasciné par l’alliance scellée du religieux et du sexe, aimait à dire qu’en Espagne « le matin on va à la messe, l’après midi à la corrida et le soir au bordel ».

Ernest Cœurderoy ne néglige pas la magnificence d’une course de taureaux, ni les émotions qu’elle suscite – les plus fortes et les plus terribles qui naissent dans l’âme humaine. Il aime l’Espagne, sa rudesse et ses couleurs. Il n’est pas du genre à schématiser les choses, fût-ce pour les besoins d’une grande cause. Simplement, et c’est toute la force de son texte, dans le spectacle tauromachique il adopte le point de vue, non de l’homme qui tue ou qui assiste des gradins au carnage sanguinaire, mais du taureau. « Je sympathise avec le taureau ; c’est bête, mais c’est juste. » N’y voir qu’une projection anthropomorphique est une façon trop commode d’éluder l’audace de la posture. Car le décentrement opéré nous révèle la tauromachie, telle qu’en elle-même : comme la guerre, elle est pour l’homme l’occasion de mettre « de la logique dans sa férocité et presque du génie dans les tortures qu’il fait subir ». Il y a en effet du grandiose dans la corrida. Mais du grandiose sanglant2.

Peut-on dans l’arène s’exclamer de plaisir devant une bête impuissante que l’on saigne et faire la révolution contre les tyrans ? Il faut être conséquent. Tout à notre « orgueil d’autocrate », nous devrions prendre garde à ne point « conclure d’une supériorité si problématique, qu’il soit dans notre droit et dans notre intérêt de détruire les animaux, de déboiser les montagnes, de dessécher les cours d’eau, de stériliser la terre, de rendre les climats insalubres et de substituer la mort, l’uniformité, le vide et le désert à l’abondance, à la fertilité, au trop plein que la nature sème sous nos pas : voilà ce qui est faux ».

L’essentiel est dit par le « gitano du socialisme » (c’est ainsi qu’il se baptise) : la corrida est essentiellement un suicide. Dans l’arène, véritable précipité métaphysique, l’homme procède à sa propre exécution.

François L’Yvonnet



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