Excerpt for A fleur d'ombres by Opaline Allandet, available in its entirety at Smashwords


Gabrielle

Dumont-Couturier









A fleur d'ombres





















Éditions Dédicaces






A fleur d'ombres



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Couverture : © Zbigniew Kościelniak

Poznan, Pologne







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Un exemplaire de cet ouvrage a été remis

à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte







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Gabrielle

Dumont-Couturier









A fleur d'ombres
















Avant-propos




MA démarche poétique a débuté en 2001. Et, comme un grand nombre de ceux qui s'essaient à la poésie, je croyais que le rythme des mots et la sonorité des rimes feraient de moi un poète. Aussi, pendant deux années, j'ai écrit des textes rimés, principalement sous forme heptasyllabique ou octosyllabique. Mes pensées se trouvaient en quelques sortes encadrées par les syllabes et les rimes.

En 2002, j'ai fréquenté, via Internet, un forum dédié à l'écriture et plus particulièrement à la poésie. Là, j'ai découvert d'autres formes d'écriture, notamment la poésie libérée des rimes, la poésie en prose, ainsi que la poésie provenant du Japon et de la Chine ancienne.

Cette dernière se présentant sous forme de haïkus ou brefs poèmes à forme fixe constituée de 5/7/5 syllabes non rimées. Ceux-ci s'apparentent à une fulgurance écrite dans un style concis et dépouillé.

Michel Berthelin, passionné par cette forme d'expression asiatique, et auteur d'un livre intitulé l'Instant présent1, m'a initiée à ce mode d'expression poétique lié à la nature. Je m'y suis exercée personnellement. Cette rencontre a été décisive pour moi, car il m'a fait comprendre l'importance et la place des mots dans un texte, non plus liés sous forme de vers classiques rimés, mais placés de façon distincte, selon le rythme de la phrase ou de la pensée, cette expression ayant le pouvoir de renforcer l'image ou l'idée exprimée. Il a cru en ma démarche de travailler en plaçant les mots selon leur importance et leurs représentations, et m'a encouragée dans cette voie.

C'est pourquoi, à partir de l'année 2003, j'ai écrit selon ce style d'écriture qui consiste à placer certains mots-clefs en relief en les décalant de l'ensemble du texte, un peu comme un jeu d'ombres et de lumières. J'ai écrit à gauche de la feuille les mots ou les groupes de mots qui traduisent des ombres, et à droite de la feuille ceux qui expriment une idée de lumière.


Ainsi, la place qu'occupent les mots s'associe à la pensée ou aux tableaux représentés par les poèmes. Ceux-ci restent assez succincts afin de renforcer l'impression de fulgurance qui se trouve à leur base.


Opaline Allandet

Novembre 2006



Esquisses extérieures




Rêver




Rêver

Les yeux ouverts

Et le vide en soi

Pour accueillir

Les désirs

Et les craintes


Arrivent des pensées

Qui s'animent

Lancées au hasard


Certaines croient

En d'autres cieux

A de proches amours


D'autres paraissent

Enveloppées de brume

D'amertume

De nuit sans lune


D'un rien

Tisser un souffle

Un soupir

Un éclair

Qui surgissent

Dans le silence

Et emplissent le cœur.


Ces mots




Ces mots

A l'impromptu

Sont juste

Un requiem

Bouquet de chrysanthèmes

Au pied d'une tombe


Dans l'amer

Ils s'avancent

Pour l'ombrée

De l'oubli


Enfoncés dans la nuit


Faut-il rêver d'un lieu

Adoucissant

La peine

De les écrire

En vain ?


Seule la mort est certaine

Après le chagrin.


Le silence




Le silence pèse lourd

Sur l'absence d'amour


De mots

De sourires

De regards


Dans l'être aux abois

L'espace

Se vide

Seul

Subsiste un cruel frisson


Le silence est un long cri

Qui résonne sans bruit



L'oiseau blessé




Une perdrix gisante


Abattue et blessée

Tapie

Dans le silence

Dans le brouillard épais


Levant

De moins en moins

Ses yeux ensanglantés


Elle entrevoit encore

En deçà des futaies

La voie lactée

De fiel

Le monde qui décline

Puis s'éteint en sourdine.

Coucher de soleil




L'éclat pourpre du soleil


Que picore le merle noir


Se conjugue


A


La vallée d'ombres


Tapie


Entre les flancs


Alourdis du soir.



Décembre




L'opacité


Au-dessus des toits


Tend son voile uniforme


Troué


De scintillements


Lumineux


Sur la nappe enneigée.


Les gammes




Sous l'étendue blanche


Ponctuée


D'arbres noirs


Aux branches


Sans touche


Ni accord


Le piano s'enroue


Et les gammes se figent.



Aube d'hiver




Jour mi-clos

Sous les nuages

Où le brouillard en lambeaux

S'étire


Seule

Une larme de lumière

Perle à la paupière du ciel


De silence


Couvert.


J'irai cueillir




J'irai cueillir

La rosée des étoiles

Déposée

Au creux de l'herbe

Le matin venu


Mes mains seront

Nues

De tout regret

L'horizon ouvert

Sur le ciel clair

En bienvenue



Quatre saisons




Branches noircies

Tendues au ciel

Près de l'étang

Je contemple la neige


Jardin de l'hiver


Vols de pollens

Ballets grisants

A la source

Je jouis de la vie


Jardin du printemps


Parfums de roses

Et de lys blancs

A la fontaine

Je respire l'azur


Jardin de l'été



Feuilles dorées

Foulées au sol

Au fil de l'eau

Je savoure la nuit


Jardin de l'automne.







Aube d'automne




Harmonie


De ce matin bleu


Oscillant


Vers le gris


La nature se dévêt


Jusqu'à l'abandon


Entendez-vous ces frissons ?



A travers les barreaux




Une voix beugle

Stridente

Déchirée

Dans la cour

Du pénitencier


Dans l'espace

Feutré de neige

Où nul ne bruit


Cris de révolte

En trilles maléfiques

Brûlantes

De haines

Et de chair

A trouer

Sans guerre ni canon


Etrange sirène

Rameutant

Sous le ciel

Muet

Toute la terreur

Cachée sous boisseau

Le cœur en copeaux


Hurler sa peine

Devenue vaine

A travers les barreaux

L'oeil aux abois


Et le monde

Entre ces maux.

Délivrance




La rivière

Semble muette

Sous le voile de glace

Etendu

Tel un linceul

Sur ses ondes engourdies


Cependant

La vie s'agite

En son fond

Et cherche

A s'épandre

A libérer son sort

Du joug

De l'emprise

Des rigueurs hivernales


Elle attend

Que le tendre soleil

D'un clin d'oeil printanier

Brise

Sa prison

D'un aussi long sommeil

Et lui apporte

Le plaisir exquis

De s'éprendre des nuages roses

Bordés de cendres


Quand tintera

L'heure de sa délivrance

Danseront

Ses flots enchantés

Puis grisés

Enivrés de passions

Celles de la nature

En vertes éclosions

Fragile




L'amour

Si fragile

Danse

Sur un fil

Balancé

Au gré du vent

Et de nos tourments


Ô rêves emportés

Vers des cieux

Eloignés

Vous mourez en sourdine

Le bonheur

Se décline

En espoirs déchirés


L'amour

Si fragile

Danse

Sur un fil

Si ténu

Et si court

Qu'il se rompt

A son tour



Crépuscule d'automne




Morne saison

En longues traînées

De brumes grises


Etalées sur nos vies


Le vent

Nous opprime

Nous poussant

Au-devant de la pluie

Et des intempéries


Alors

Nous regrettons

La courte symphonie

Des beaux jours

Evanouis



Jeunesse




Jeunesse insouciante


Transparente des désirs

Fous

Imaginaires

S'échappant

Des ailes de l'enfance

Recouverte

Peu

A

Peu

Par la saison

Des adieux

A l'innocente parure

Catacombes


La tempête qui gronde


Vrombit


Saccage


Et tord


Nous rappelle que


Tout succombe


Aux outrages du temps


Et que pour nous


Restent les tombes


A l'opposé du firmament

Le chat




Sa robe soyeuse

De chat tigré

Ses yeux d'émeraude

Encerclés de noir

Font de lui


Un compagnon

D'une saisissante

Beauté


Témoin d'une présence

Au-delà de nous

Inquiétante

Parce que

Lumineuse


Sur l'être en souffrance

Il sait s'allonger

Pour l'apaiser


Nul frémissement

Ne lui est étranger


Rien n'échappe

A son flair

Aiguisé


Car

Il perçoit

L'ombre même du danger






Individuel

Mais non

Infidèle


De son maître

Il connaît les pensées

Et

Voit

A travers lui


Ce qui n'est pas décrit.



Le mal vainqueur




Aux confins du désert

De sable

Et de palmiers

S'élèvent

Des lueurs

Maléfiques

Aux centres diaboliques


Deux mondes s'opposent

Et s'entre-déchirent

Carnage d'Extrême-Orient


L'au-delà

Ignore

Que ces explosions

De fumées

Pourfendant les cieux

Du sol

Jusqu'aux nuées

Défendent

L'intérêt des plus forts

Car le pétrole est d'or



La vie

Tout autour

Se détruit

Dans ce monde en agonie

Car le Mal

En vainqueur

La guerre et ses horreurs

Brûlera nos yeux

Et tordra nos cœurs.


Les peupliers




Les peupliers

Aux feuilles rouilles

Sont alignés

F u s e l é s


Images vertes

Dans l'eau muette

Du grand canal

Ils se reflètent


Vers le ciel

Ils s'érigent

Fiers gardiens de ces lieux


L'eau endormie

Se rafraîchit

Et

Frissonne


Flou de l'automne.



Prisonniers




Nous sommes

Prisonniers


Nul besoin de barreaux

Nul besoin de geôliers


Prisonniers


Des illusions perdues

Rêves échoués


Prisonniers


Des actes manqués

Inutiles regrets


Prisonniers


Des ancestrales peurs

Sources invisibles


Prisonniers


Des secrets enterrés

Douleurs invaincues


Nous sommes

Prisonniers


Nul besoin de barreaux

Nul besoin de geôliers.


Enfer




Au cœur

Du silence

De la nuit

Réfugiée

La puissance

Tressaillement

De l'Enfer


Heurte la porte de nos vies



Sous les cieux

Abaissés

Les océans débordent

Et engloutissent des hommes.



Ecoute




Ecoute

Le chuchotement du temps

Imprécis

Murmure s'écoulant

Sur nos pages tendues

Entre hier

Et demain


Est-ce

L'instant déchu

Et enfui


Ou


L'impromptu

Du temps présent

Qui jaillit ?



Deuil




Sous le sol

De neige recouvert

Elle a disparu

Astre pâle

Mais

Délicate lumière


Retranchée


Des passions humaines

Luttes sans pitié



Au-dessus

De la tombe

Sombres rescapés


Les cœurs drapés d'or

Aux paillettes brisées

Se reflètent

Emus

Au bord de l'écueil:


Le jour est en deuil



Espoir




A la source de l'espoir

Demeuré


Nourrit des rêves


A ce peu


Qui retient la vie

Au bord de l'illusoire


Grandit le silence


Demi pénombre


Qui succombe


Jour chancelant


Sur une pointe de lumière



Grand désert absurde




Froide solitude

Au chemin pourtant tracé

Grand désert absurde


Penché


Sur la destinée.


Telle est la loi

Des cœurs fragiles


Abandonnés


Parce que trop clairs


La limpidité

Ne peut être bue


Oasis


Retranchée

Sous l'été torride

Et

Sous le ciel impavide


La vie a-t-elle un sens ?


A l'abri

Des nuages

Bordés de rose

Aux pâles reflets





Faut-il s'accrocher

A ce rideau

De silence


Posé


Sur l'humanité ?


Aucune réponse

Certaine


En dehors


De la chute finale


Impitoyable sort

Débouchant

Sur la nuit


Tranchée


Par le baiser

De la mort.



Maison fantôme




De la maison fantôme


S'élève une fumée

(Illusion insensée)


Au-dessus

Du toit blanc


Elle n'a plus d'habitant.


Aucune âme ne vibre

A l'intérieur

Absence


Le soleil vainqueur


D'un casque insolent


Coiffe sa cheminée


D'une brume orangée.



L'automne avance




Une barque rampe

En silence


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