Lenous Suprice
Lettres
à mes ombres
poésie (1993-2006)
Éditions Dédicaces
Lettres à mes ombres
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sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Couverture : © Carlos Sanchez Pereyra
Barcelone, Espagne
Dépôt légal :
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Un exemplaire de cet ouvrage a été remis
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Lenous Suprice
Lettres
à mes ombres
LETTRES FUGACES
« Une femme est plus belle que le monde où je vis
Et je ferme les yeux.
Je sors au bras des ombres,
Je suis au bas des ombres
Et des ombres m’attendent. »
PAUL ELUARD
« De ces lettres s’envolent des oiseaux étincelants.
L’inconnue apparaît comme une aube en plein jour soleil rival du soleil,
et fait irruption parmi les blancs et les noirs du poème. »
OCTAVIO PAZ
Le cœur battant
tu arrives
passante
promeneuse
avec ton miel sauvage de parfum
que tu imprimes sur ma peau.
Sans attendre
tu t’éclipses
avec tes lèvres dépendantes
malgré leur soif
à boire debout
le doux breuvage des effleurements.
Par bonheur
entre tes ailes festives
j’ai découvert des fruits en abondance.
L’éclair des mains m’a révélé
quelques raisins mélodieux
la route d’un nouveau grappillage
sous ton feuillage de soie noire.
Deux grappes de lunes mûres
sur ta colline
ont sauté dans la cachette d’une savane
entre mes yeux flâneurs.
♦♦♦
Une phalène
au mitan de mes rails
a joué le jeu de ta lampe locomotrice.
♦♦♦
J’ai entrevu une Lady d’eau
ton ombre écartelée
entre les chutes d’une attirance
et les nénuphars de la retenue
en amont.
Une invite sur tes lèvres
j’ai perçu
au large d’un tressaillement.
Brasier sur ma paille
ta rouge brise s’agitait
dans la chaleur ambiante.
À ton signal
en flammes au ralenti
j’ai vite saisi la teneur du moment…
Carpe diem
ai-je eu le temps de lire
dans l’ardoise de tes mains.
Une ferveur nous a couverts
jusqu’à l’exaltation.
Au pas
au trot
mais pas un pas de trop
ainsi nous nous retrouvions :
baie à la renverse pour l’effet
entièrement toi-même
vague lente et droite par moment
moi- même tout simplement.
Il y a eu des ruisseaux joyeux
versés dans mes déserts
au sabbat d’un petit matin.
Paresseusement
je m’étendais
dans une école fictive
rebelle écolier sans but
entre tes pas-buissons si légers.
Dans le soir du parc, à la fontaine de l’Auberge, en roulant mes airs légers, comptant mes longues heures d’avance, j’ai traversé ta crête de haute pression sur toute sa longueur, vu pousser des poils sous tes aisselles parfumées et la jubilation gambader dans tes ranchs survoltés.
J’ai vu un coquelicot se poser en diadème sur tes lèvres impériales, vu les flots blanchâtres de ta baie inonder mon littoral et la droite nuit de mon île majeure bouger longuement dans les contours de ton faubourg tricolore.
En récupérant mes heures payées comptant, roulant mes airs légers,
à la fontaine de l’Auberge, dans le parc du soir, j’ai vu s’envoler mon oiseau blindé à travers les fenêtres ouvertes de ta frondaison.
J’ai accusé réception de tes mains recommandées
sur mes cartes postales manuelles
vu le chocolat chaud de mes yeux effectuer des cillements espacés
dans l’immensité sans nuages de tes cieux fantastiques.
J’ai entendu ta voix de soie musicale me commander
d’écrire cette dictée symphonique en syllabes détachées :
« Mets un Fa majeur là-dedans… ».
J’ai bien compris, en les touchant, puis les dégustant,
que les jolis fruits au sein de ton mandarinier étaient légèrement plus mielleux que les promesses sans détour des abeilles du moment.
Il y avait de la musique lente
tous les sens jouant les boit – sans - soif…
Il y avait plusieurs navires en marée haute
et tant de vrilles
dans les mouvements
pour la traversée amoroso
de nos villages côtiers.
♦♦♦
À quand une autre symphonie
un autre concert
pour sax et harmonica
entre nous deux?
♦♦♦
Il me vient une habitude, une attitude même, de te regarder passer et de t’entendre te réjouir tout doucement, dans ma mémoire, la nuit.
Le cœur battant
tu as franchi des clôtures
pour m’apporter tant de mûres à l’aube.
Un matin
tu es venue
vêtue de libellules
sauter à cloche-pied
sur le trampoline de ma rivière.
Il y a quelque temps
tu avais beaucoup d’or dans la voix
pour combler mon goût du luxe à ton écoute.
Comme lierre
je me suspendais
à ton toucher.
Je me nourrissais de ta saveur
de ta splendeur
aussi de ton odeur
divin élixir...
Souvent
je m’enflammais la tête
conduisant le train de ma soif
vers le vin nouveau de ton rire…
À présent
je cherche un doux à boire
derrière ton essaim fuyant à pic
même si le miel des lieux est rare
dans une saveur qui pique.
La douceur de ma brume
a recouvert ta nuit jusqu’à l’extrême.
Dans une anse grande, une dame, Marie, riche pêcheuse de trésors, entre tes côtes, entre des flammes aussi,
a offert ses doux poissons- herbes
à des chevaux de course sur ma langue.
Ta jupe, par l’agilité d’un vin d’envoûtement,
hautement a soulevé une soûlerie
dans mes yeux visiteurs.
Mon goéland, comme un bateau, a frôlé la surface
pas trop calme de ton cours d’eau.
Un petit oiseau d’enchantement
a placé ta griserie dans mes paniers, a introduit tous mes vents
entre tes plaines cerfs- volants.
Un tourbillon dans la cadence s’est entamé et a déclenché les déhan-chements de tes danseuses et moi, sur fond d’une musique en festival, régal sans doute au singulier de nos bals et carnavals à leur début.
Un anticyclone sur ta région s’est abattu, engendré par la mélodie de mes lacs sur tes épaules…
Le bramement de mon cerf envers ta biche a pris forme,
à la vingt et unième heure, un vendredi de mai.
Tout près d’un fleuve, dans mes yeux, aujourd’hui, à ta ressemblance, Isabelle brûle en créole son chagrin le plus haut, à côté d’un saule du quartier…
Je cherche la saveur d’un calmant
dans les broussailles d’une autre végétation
pour mes fruits intérieurs.
À la lisière un peu de ton dos sous le vent, de mon cap à ton étendue, au beau fixe, il y a une longue rangée d’arbres- souvenirs en floraison, malgré tout.
LETTRES FUGUEUSES
« (…) Et toute la poésie du monde est toujours, d’une manière ou d’une autre,
une poésie d’amour. Généralement d’amour frustré, déchirant,
brûlant, mais toujours d’amour. »
JUAN ARIAS
« L’aile bleue de la nuit répand son ombre sur la lagune.
Perdu entre le ciel et la mer, un homme seul attend. »
EDUARDO MANET
- 1 -
Chaque promesse contient sa part d’incertitudes…
et chaque amour son lot d’insuffisances.
Qui de nous deux gagnera à ne plus perdre ses vœux
au jeu de la guerre contre la garnison de l’autre?
Assise entre deux valses, ombre de toi- même à l’occasion,
tu te laisses enivrer par tes défiants petits airs.
La fureur est passée à hauteur de tes collines tuant par là le vif désir d’un changement d’horizons, d’un changement de tonalité,
en cassure directe avec les plaines d’une désolation.
Seul le silence, maintenant, est plus lourd que ton ombre…
Une fois défaite la promesse d’un mieux- être avec soi au pays étranger de l’autre, à jamais, j’ose le dire, on ne pourra plus porter le même visage, la même amabilité au cœur devant quiconque.