Excerpt for Percevale - I. Les spectres du temps by Anne de Gandt, available in its entirety at Smashwords

PERCEVALE

I. Les spectres du temps

Anne de Gandt

****

Published by:

Anne de Gandt at Smashwords

PERCEVALE - I. LES SPECTRES DU TEMPS

Copyright (c) 2011-2012 by Anne de Gandt

Cover design by Anne de Gandt

****

All rights reserved. Without limiting the rights under copyright reserved above, no part of this publication may be reproduced, stored in or introduced into a retrieval system, or transmitted, in any form, or by any means (electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise) without the prior written permission of both the copyright owner and the above publisher of this book.

This is a work of fiction. Names, characters, places, brands, media, and incidents are either the product of the author’s imagination or are used fictitiously. The author acknowledges the trademarked status and trademark owners of various products referenced in this work of fiction, which have been used without permission. The publication/use of these trademarks is not authorized, associated with, or sponsored by the trademark owners.

Smashwords Edition Licence Notes

This ebook is licensed for your personal enjoyment only. This ebook may not be re-sold or given away to other people. If you would like to share this book with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. If you’re reading this book and did not purchase it, or it was not purchased for your use only, then please return to Smashwords.com and purchase your own copy.

****

À Kera,

avec toute mon affection.

****

TABLE DES MATIÈRES

PROLOGUE

LA FORET SANS NOM

LE LAC D’ARGENT

BRUMES & BROUILLARDS

LE ROI MAUDIT

COULOIRS & LABYRINTHES

BIEN-AIMEE SORCIERE

A L’OMBRE DES PYRAMIDES

NEFERTIRI

SCENES DE GUERRE

MORNE PLAINE

L’ARMEE DES CYGNES NOIRS

PLURIELLES



* * * * *

PROLOGUE

* * * * *


Mon nom est Percevale. J’habite en lisière d’une forêt remplie d’oiseaux et de secrets. Et des secrets, j’en ai. Vous ne me croyez pas ? Allez voir du côté de la fontaine ou dans la cerisaie. Soulevez les feuilles, regardez sous les pierres, écoutez le vent. Vous n’entendez rien, vraiment ? Ce doux murmure, ce souffle mystérieux ? Allons, venez, je vais vous montrer un monde enchanté.

* * * * *

Immense, majestueuse, éternelle. Comme tombée du ciel, la lune projette son ombre ténébreuse sur l’étendue déserte. Ses ailes noires enveloppent la nuit, qui s’efface devant elle. La voie lactée orne la voûte céleste de ses milliers d’étoiles, le vent se lève. Grincements, chuintements. Des nuages passent, voilent l’astre circulaire. L’herbe sèche craque sous le pied, le froid raidit les membres engourdis. Le vent forcit. Un mugissement. Une plainte. Des cris. Marcher, plus vite. Les battements du cœur s’accélèrent, le sang bat dans les veines.

Rien. Ni devant, ni derrière. La lande s’étire, irréelle, sous la pâleur lunaire. Le vent porte des éclats de voix passés, surgis d’un temps oublié. Des hommes, des femmes, des enfants. Que disent-ils ? Je l’ignore. Je suis perdue dans cet endroit maudit depuis un temps qui me semble infini, incapable de savoir pourquoi je suis ici. Un nom, un seul, me revient. Percevale. Un nom ancien, à trois temps, qui marque de son sceau mes souvenirs.

La nuit devient plus noire. La tête rentrée dans les épaules, j’essaie de rassembler mes pensées, de comprendre ce qui m’arrive. Une fleur double immaculée. Un nom. Trois fois rien. Je marche dans cet endroit désert, sans savoir où je vais, ni d’où je viens. Le son de la nature est le seul que je comprenne, son chant puissant et envoûtant, ma langue originelle. Je m’assois sur l’herbe rêche, dans l’attente de l’aube blafarde. Le soleil éclairera ce paysage comme un abîme sans lumière. Cela fait des jours que j’erre. Le vent fouette mon visage. Je murmure ton nom. Percevale.



* * * * *

LA FORÊT SANS NOM

* * * * *


STARRING

PERCEVALE


CROQUIGNOL,

campagnol


ROITELEAU,

roi des oiseaux


* * * * *


– Tu vois quelque chose ? demanda Percevale.

– J’ai beau regarder, rien ! répondit Roiteleau.

– Tant pis. Descends, tu veux bien ? Il faut que nous poursuivions notre chemin.

– Cette forêt est interminable !

– Et ses souterrains sans fin ! ajouta Croquignol. Je me suis encore perdu tout à l’heure. Tu te rends compte, Roiteleau ? Un campagnol de ma qualité, se perdre ! Quelle honte !

– Vas-tu t’en remettre ? se moqua doucement l’oiseau.

Percevale aperçut soudain quelque chose dans les fourrés.

– Oh mon dieu !

– Aïe ! s’écria Roiteleau.

– Ouille ! renchérit Croquignol.

La Bête sortit du feuillage dans un grognement. Ses yeux rouges tranchaient sur le noir de son corps velu. De la taille d’un sanglier, elle était couverte de longs poils drus, sa gueule, ornée de deux défenses cornues. Sa mâchoire puissante laissait voir des dents protubérantes. Percevale recula, chercha son épée en tremblant. Le contact du métal glacé la rassura. La Bête s’approcha.

– Aaaah, j’ai mal !

– Que dites-vous ?

– Vous avez entendu ! J’ai maaal !

– Attention, c’est un piège ! cria Roiteleau.

– Ne l’écoute pas, Percevale, fuis ! hurla Croquignol.

– Eh, oh, les deux là, vous allez cesser ? Je vous dis que j’ai mal ! Ici, ici et là. Regardez ! La Bête montra sa mâchoire.

– On m’attend, dit Roiteleau en s’envolant.

– J’ai du lait sur le feu, ajouta Croquignol en s’éloignant.

– Pouah, quelle haleine ! s’exclama la jeune femme.

– Et voilà, ça recommence. Personne ne me croit. C’est à cause de mon aspect, n’est-ce pas ?

– Euh…, hésita Percevale.

– C’est-à-dire que… se tortilla Roiteleau.

– Où en étions-nous déjà ? feignit de s’interroger Croquignol.

– Ça va, j’ai compris. Ne vous forcez pas.

– Vous n’êtes pas exactement une gravure de mode, fit remarquer le campagnol.

– Tu t’es regardé ? ironisa Roiteleau.

– Mon poil est de première qualité ! Touchez, Môssieur, ce duvet !

– Ah non, pitié !

Ils se chamaillèrent à grands cris.

– Ils sont toujours comme ça ? demanda la Bête à Percevale.

– À peu près, oui, répondit-elle dans un soupir.

– Pas de tout repos, comme amis.

– Mais fidèles et loyaux. Deux qualités rares.

– Bon, je dois vous quitter.

– Attendez ! Et vos dents ?

– Laissez tomber, personne n’a jamais eu le courage de s’y frotter.

– Je peux essayer.

– Vous le feriez ?

– Je me boucherai le nez.

– Aaaah.

La Bête ouvrit la bouche devant elle.

– Mmh, quelle alimentation variée, remarqua la jeune femme d’un air faussement détaché.

– Faites vite, che fatigue !

– Lundi, mardi… Tout le menu y est. Ah, je vois ! C’est un os coincé !

– Maudit rat de vendredi !

Croquignol se signa.

– Paix à son âme.

– Ne bougez plus… ça vient… un peu à droite… non, plus à gauche… Le voilà ! s’exclama-elle, satisfaite, en sortant un os grand comme le petit doigt.

– Ah, quel soulagement ! J’ai l’impression de retrouver les dents de mes vingt ans !

– Je vous croyais plus âgée, glosa Roiteleau.

– Traite-la de vieille, tant que tu y es. On fera partie de son prochain dîner, ajouta Croquignol.

– Ce n’est pas une mauvaise idée, répondit-elle en les fixant.

Percevale coupa court à la conversation.

– Vous pouvez nous aider ?

– Dites toujours.

– Nous sommes perdus. Comment sort-on d’ici ?

– Mais, ma belle, ignorez-vous où vous êtes ?

– Complètement.

– Dans la Forêt sans Nom ! Comment voulez-vous sortir d’un endroit pareil ?

– Elle a raison, concéda Roiteleau.

– On n’est pas sortis. Hihihi, pouffa le campagnol.

– Ça te fait rire ? s’irrita l’oiseau.

– Rôô, si on peut plus plaisanter.

– Est-ce que ceci pourrait nous aider ?

Percevale sortit délicatement une fleur double blanche de sa tunique.

– D’où la tenez-vous ? demanda la Bête, intriguée.

– Je l’ai depuis ma naissance.

– Intéressant…

– Que dit-elle ? s’enquit Croquignol.

– Rien de passionnant, éluda le roi des oiseaux.

– Allez voir du côté du lac d’argent. On dit qu’il apporte des réponses à qui sait regarder.

– Comment s’y rend-on ?

– Suivez l’étoile du Nord. Elle vous y mènera tout droit. Bonsoir !

La Bête partit en trottinant et en sifflant gaiement.

– Et voilà, elle s’en va, soupira Croquignol.

– Pense à ton cousin le rat.

La rosée du soir tomba. Percevale frissonna.

– La nuit va bientôt être là. Nous ferions mieux de trouver de quoi faire du feu.

* * * * *

Ils se tiennent autour de moi, impassibles. Leur présence fait courir le long de mon échine un frisson d’effroi. Une angoisse, sourde, m’envahit. Le vent a cessé. Le silence est à son apogée. Leurs yeux sans vie me fixent, un rictus déforme leurs traits. Sept. Sept fantômes dans l’obscurité. Je me relève, prise au piège. Le vent se remet à souffler. Leurs bouches béantes laissent sortir un son inhumain. Ils s’approchent. Le hurlement s’amplifie. Ils m’oppressent, me serrent, me pétrifient. Je me débats.



* * * * *

LE LAC D’ARGENT

* * * * *


– Les étoiles sont voilées ce soir. Impossible de les voir ! Comment savoir où nous sommes ?

Percevale s’arrêta, désorientée. Roiteleau se posa sur son épaule.

– La nuit est tellement noire !

– Je suis é-pui-sé. Ce n’est pas un rythme pour nous, campagnols. Des jours à marcher, sans s’arrêter. Pfff !

– C’est bon pour le mollet, objecta le roi des oiseaux.

– Il est assez galbé, répondit le campagnol, en lui montrant avec fierté.

– Tu veux voir le mien ?

– Surtout pas.

Percevale leur fit signe de se taire.

– Vous n’entendez rien ?

Silence

– Que faut-il entendre ? demanda Roiteleau à voix basse.

– Aaaah… là…là… bredouilla Croquignol.

– Quoi, lalala ? s’agaça Roiteleau.

– Nous sommes arrivés, on dirait.

Tel un disque de mercure, le lac s’étendait, solennel, au cœur de la forêt. Aussi lisse qu’un miroir, il captivait tout ce qui l’entourait, les arbres eux-mêmes étaient figés par sa beauté. Les feuilles ne bruissaient pas, les oiseaux se taisaient.

– Quelle splendeur ! s’exclama Percevale.

– Je suis fasciné, ajouta Roiteleau.

– Allons, venez ! intima Croquignol.

Ils s’approchèrent et se penchèrent au-dessus de la surface.

– Tiens, c’est bizarre. Aucun reflet, s’étonna Roiteleau.

– Moi qui pensais me refaire une beauté, encore raté, soupira le campagnol.

– Vous avez vu ?

Percevale désigna une lueur au fond du lac.

– De quoi parles-tu ?

– Là, regardez !

Croquignol se pencha un peu plus.

– Je ne vois rien ! Et je… Aaaahh !

Bllbloubbl.

– Il l’a fait ! se désespéra Roiteleau.

Le campagnol venait de disparaître, avalé par le lac.

– Mon dieu, Croquignol, c’est affreux !

– Lui qui déteste l’eau !

– Je vais le chercher !

– Cela me paraît bien dangereux !

– J’y vais !

Elle plongea sans hésiter. Roiteleau resta seul.

– Les oiseaux ne savent pas nager, c’est bien connu ! maugréa-t-il. Je le maudis, lui et ses moustaches mal lissées. Allons, du courage !

Il s’élança à sa suite. Quelques rides ondulèrent, absorbées par le calme apparent de ce lac sans manières.

* * * * *

Je me relève, le visage fouetté par l’air frais du matin. La plaine aride s’étend à perte de vue. Quelques boules d’herbes sèches roulent, désordonnées. Des nuages apparaissent, menaçants. Gris, foncés, bientôt noirs, ils forment un amas sombre traversé d’éclairs. L’orage est proche. Le vent qui le précède soulève mes cheveux, refroidit l’atmosphère. Le bruissement de la pluie balaye le ciel de son rideau irréel. Elle frappe le sol, crépite sur la surface, rebondit avec violence. Je suis trempée. Nulle part où me réfugier. Le tonnerre roule au-dessus de ma tête, laisse éclater sa fureur dans un bruit assourdissant. Attendre. Que la tempête se calme, que le soleil revienne.

* * * * *

Ce qui tombait dans le lac se dédoublait. Percevale se trouva face à elle-même, tandis que Croquignol et Roiteleau se débattaient avec leurs reflets ; ils étaient comme au cœur d’un miroir. La lumière, pure et argentée, rendait l’atmosphère irréelle. L’air vint à manquer. La jeune femme voulut rejoindre la surface, mais réalisa qu’elle ne distinguait plus le haut du bas. Le lac était sphérique, sans dessous, ni dessus. Une lueur attira son regard. Une perle, couleur d’ivoire, lui apparut. Elle la saisit ; la perle trembla, se fissura et libéra une onde qui les projeta sur la rive opposée.

– Eh bien, j’ai crû mourir ! s’écria-t-elle en se relevant.

– Et moi donc ! Regardez ce poil trempé ! Je ressemble à un chien mouillé !

Croquignol se secoua devant Roiteleau, qui éternuait bruyamment.

– Be crois bien que be me suis enrhubé… Ah… ah … tchaa !

– Nous voilà bien avancés, dit la jeune femme en regardant autour d’elle.

La rive, étroite, était bordée par la forêt, qui semblait plus dense encore de ce côté.

– Vous entendez ? demanda-t-elle soudain.

– Quoi ? questionna le campagnol.

– Rien, justement !

Le silence qui les entourait était total.

– Qu’est-ce qu’on fait ? murmura Roiteleau.

– Continuons à marcher.

– Déjà ? Mais je suis à peine sec ! protesta le campagnol, frisé des pieds à la tête.

– Te voilà permanenté.

– Pas touche à mes bouclettes !

Percevale leur fit signe de la suivre.

– Ne restons pas là. Je n’aime pas l’esprit qui règne en cet endroit.

Ils entrèrent dans la forêt, sans apercevoir le reflet de Percevale qui les suivait sans bruit.

* * * * *

L’orage s’éloigne. La pluie faiblit, le sol est parsemé de flaques. Les nuages s’effilochent, les roulements de tonnerre s’espacent, le vent baisse. Le froid m’envahit, je grelotte dans l’aube pâle. Un chuchotement. Je me retourne. Surgit un être attaché à des cordes, comme suspendu au ciel. Schh… schhh.… schh. Il m’aperçoit, se dirige vers moi. Ses cordes se rassemblent et le posent sur le sol.



* * * * *

BRUMES ET BROUILLARDS

* * * * *


– On n’y voit pas à deux mètres ! pesta Croquignol.

– Jamais vu un brouillard pareil et je… Crrr.

Percevale se retourna mais ne vit rien. Elle scruta les fourrés en silence quelques instants.

– On fait quoi, là ? demanda le campagnol à Roiteleau.

– On observe.

– On observe quoi ?

– Rien, justement, c’est le problème.

– On n’observe rien. Je rêve…

Percevale, s’adressant à Croquignol :

– La terre tremble-t-elle ?

– Attends, j’écoute.

Il colla son oreille contre le sol.

– Difficile à dire… mais je crois bien que oui… C’est bizarre… ça ne ressemble à rien que je connaisse. Les vibrations pourtant, c’est ma spécialité !

– Ça dépend lesquelles, pouffa Roiteleau.

Croquignol se redressa, outré.

– Il insinue quoi, là, le volatile ?

– Venez, avançons, interrompit la jeune femme.

Son reflet les regarda s’éloigner. Entièrement transparent, il ne pouvait être vu qu’à contre-jour, au lever et au coucher du soleil, grâce à la diffraction de la lumière.

– Vous avez remarqué ? L’air est plus sec ici, observa-t-elle.

– Les noisettes aussi !

Croquignol disparut en un éclair.

– Il ne changera jamais. Quel ventre ! se désespéra Roiteleau.

– Je me laisserais bien tenter moi aussi par quelques fruits.

– Bon, puisque l’heure du déjeuner a sonné, je vais faire des emplettes.

Il s’envola à la recherche de vers.

* * * * *

Nous nous regardons. J’ai la vague impression de te connaître. Les nuages passent lentement au-dessus de nos têtes. Une cloche retentit dans le lointain. C’est le matin. Comment ai-je pu dormir aussi longtemps ? Je me lève, la tête pleine d’images, abandonne le lit défait de mes rêves. L’odeur du café embaume. J’ouvre les volets, laisse entrer la lumière, me laisse envahir par sa beauté.


Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-13 show above.)